La théorie des noms propres
Essai polémique

Les noms propres ne sont-ils que des marques dénuées de sens apposées sur les choses pour les différencier les unes des autres, comme le soutenait Stuart Mill ? Et faut-il y voir, comme le pensaient déjà les Grecs, la forme la plus authentique de la nomination ?
Comme le diable, l’essentiel est dans les détails. Un nom collectif (les Durand) est-il un nom propre ? Comment certains noms propres (Poubelle) deviennent-ils des noms communs ? Pourquoi Brassica rapa est-il bien plus un nom propre que son équivalent vulgaire navet ? Pourquoi soleil est-il un nom commun alors que Sirius est un nom propre ?
Savant, riche d’exemples étudiés avec soin, cet essai est en même temps volontairement polémique. La théorie du nom propre est vouée à rester une source vive de conflits et d’avancées nouvelles, dont témoignent l’opposition violente de Gardiner à Russell, l’usage qu’en fait Lacan dans sa construction du signifiant, ou encore la sémantique des mondes possibles de Kripke.

EXTRAIT. Par contre, cela devient une question d’opinion personnelle, ou plutôt d’intuition linguistique, s’il faut décider d’accorder ou non le statut de nom propre à des des entités comme une Ford ou un Panama. C’est la présence de la majuscule qui indiquera en fait la solution choisie à ce sujet par les philologues et les typographes. Il est inévitable qu’il y ait des hésitations et des désaccords pour départager les mots qui sont des noms propres de ceux qui ne le sont pas. Nous avons donc été conduits à opter pour une conception en harmonie avec le point de vue des Grecs, selon laquelle un nom propre est simplement un nom plus authentique (κύριον) que les autres. Pour ma part, j’aurais préféré employer une autre métaphore, et dire que les noms propres le sont avec plus de pureté que tout autre mot, puisqu’en eux brillent le processus et le but de la nomination comme un métal sans alliage, alors que pour la majorité des mots, ce processus et ce but sont ternis et souillés par une adjonction de sens, ou par le succès imparfait de la nomination.

Alan Gardiner (1879-1963), célèbre égyptologue, est également l’auteur de The Theory of Speech and Language (1932), où il défend une approche résolument pragmatique du langage.
Date de parution : novembre 2010
144 pages
ISBN : 978-2-35427-017-9
26,00 €