Toute histoire est histoire d'une pensée
Autobiographie d'un philosophe archéologue

Robin George Collingwood est peu connu du public français, alors qu’il fait depuis longtemps partie des classiques dans le monde anglo-saxon. Professeur de philosophie dans l’un des Colleges les plus réputés d’Oxford, il s’est révélé dans le même temps l’un des maîtres de l’histoire de la Roman Britain, cette Angleterre occupée pendant des siècles par Rome.
D’un côté, il se trouvait donc enseigner la philosophie aussi bien ancienne que moderne ; de l’autre, il menait des fouilles pour construire un savoir historique cohérent sur une époque où les données textuelles sont plus que rares.
Ce double mouvement l’a amené à des réflexions sur la nature de la tâche historienne qu’il n’a guère livrées que vers la fin de sa vie (relativement brève : il meurt en 1943, à cinquante quatre ans). Ainsi publie-t-il d’abord des ouvrages sur l’art, la religion, l’histoire de la philosophe, avant de se lancer dans des éclaircissements sur sa conception de l’histoire dans lesquels il stigmatise ce qu’il appelle « l’histoire ciseaux-pot-de-colle », désignant par là ces historiens qui ne connaissent que leurs « sources » textuelles, qu’ils découpent et recollent à leur guise.
Le travail de l’archéologue, remarque-t-il, ne consiste pas à creuser là où il pense qu’il y a quelque chose à trouver, mais à se poser des questions à partir de son savoir lacunaire, et à chercher ce qui lui manque pour arriver à un minimum de consistance rationnelle. Collingwood part donc de l’idée qu’on ne trouve, pour peu qu’on soit chanceux, que ce qu’on cherche, quitte à ce que d’heureuses surprises viennent troubler ce plan de base.
En philosophe, il généralise les leçons de cet apprentissage pour considérer qu’une proposition, quelle qu’elle soit, n’a de sens que relativement à la question, au problème, à l’aporie qu’elle entend solutionner. Ce qui revient à privilégier l’histoire dans l’étude même de la philosophie puisqu’un énoncé ne sera désormais reçu qu’au prix d’avoir été ramené, non seulement à son « contexte », mais aussi à ce qui depuis longtemps risque de s’être complètement dissipé et qu’il faut donc reconstruire, à savoir la question à laquelle il doit le jour.
Dans cette Autobiographie, qu’il écrit rapidement en sachant que les années lui sont comptées, il livre, sous une forme libre et souvent drôle, les étapes de sa vie intellectuelle qui l’ont conduit de l’Oxford realism de sa jeunesse (devenue sa bête noire dès l’âge mur) à une vision de l’historien qui alimente encore aujourd’hui de nombreux débats en langue anglaise.
Date de parution : mai 2010
186 pages
ISBN : 978-2-35427-016-2