
« On savait depuis des siècles que l’homosexualité masculine était honorée ou pratiquée dans la culture arabo-islamique. Des voyageurs occidentaux l’avait évoquée, des romans ou des études l’ont parfois décrite ou y ont fait allusion, mais il n’y avait jamais eu jusqu’alors de recherche approfondie ou systématique sur le sujet. Par ce travail qui réunit un grand nombre de données issues de textes poétiques, théologiques, coraniques, historiques, juridiques et littéraires, Khaled El-Rouayheb comble une importante lacune de notre savoir sur l’érotisme masculin dans le monde arabo-islamique à l’aube de notre modernité ».
DAVID M. HALPERIN
Auteur de Cent ans d’homosexualité.
« Le livre de Khaled El-Rouayheb est un très utile correctif aux interprétations de ceux qui ont ignoré, mal compris ou dénaturé les rapports de l’Islam prémoderne à l’homoérotisme. C’est de plus une contribution bienvenue à l’étude d’une période de l’histoire de la littérature arabe qui n’a pas toujours fait l’objet de suffisamment de recherches. C’est un travail éminemment recommandable, impudique, provocant et sérieux ».
GEERT JAN VAN GELDER
Professeur d’arabe émérite à l’université d’Oxford

marco decorpeliada (1947-2006), catalogué malade mental, a produit une série d’oeuvres singulières en rapport avec les diagnostics qui lui ont été appliqués.
Il réplique à cet étiquetage en établissant une correspondance terme à terme entre les codes attribués aux troubles mentaux dans le DSM IV, et ceux – les mêmes ! – des produits du catalogue PICARD SURGELES : à « 20.1, Schizophrénie, type catatonique
continue », il répond « 20.1, Crevettes Roses entières cuites » et à « 42.0, Trouble obsessionnel compulsif (TOC) », il réplique « 42.0, Carottes en bâtonnets cuites vapeur ».
Il traque les manques criants de la nosographie sur des portes de congélateurs et il identifie la classification comme calcification avec un squelette. Sa production artistique prend le savoir classificatoire psychiatrique à son propre jeu dans une guérilla joyeuse, ironique, parodique, spirituelle, et néanmoins d’une rigoureuse logique.

Il n’est pas si courant qu’une femme analyste présente et discute sa pratique d’analyste femme. Tel fut pourtant le geste de trois analystes nord-américaines (Lucia Tower, Barbara Low, Margaret Little) aux publications desquelles Jacques Lacan consacre plusieurs séances de séminaire.
Lucia Tower, notamment, délaissant la noble neutralité analytique, endosse le rôle d’une amie reprochant à un homme (son analysant) de la berner ; en s’abaissant ainsi, elle offre à cet homme la preuve de sa force masculine et permet à l’analyse de reprendre son cours.
Les femmes s’en tireraient-elles plutôt mieux que les hommes dans le maniement du contre-transfert ?
Gloria Leff exerce la psychanalyse à Mexico.

Comment Marcel, le brillant mais stérile narrateur d’À la recherche du temps perdu, en est-il devenu l’auteur ? Un tel passage à l’acte semble voué à rester une énigme. Cependant, la Recherche est ainsi construite qu’on peut induire l’idée dont Proust fut l’homme, celle qui lui a permis de réaliser sa « vocation invisible ».
Cette enquête lit Proust à la lumière de ce qu’il fait, souvent sans le dire, ou seulement à demi-mot. Elle montre que le lent accomplissement de sa destinée créatrice recèle une démonstration rigoureuse, aussi nouvelle dans ses principes ou dans ses fins que dans ses moyens romanesques.
On ne songe guère à consommer de la philosophie dans Proust. À tort. Car, lorsqu’on relie le théorème du Temps retrouvé à la structure profonde de la Recherche, l’idéalisme proustien apparaît alors comme une véritable leçon de créativité.

Que de qualificatifs l’amour n’a-t-il pas reçus ! On l’a voulu conquérant, platonique, divin, courtois, conjugal, extatique, pur, romantique, fou, soignant, charnel, passionnel, sexuel, etc. Autant de termes, autant de figures de l’amour offertes par l’histoire à une modernité que ce foisonnement désoriente. Discrètement, Jacques Lacan releva ce défi.
On ne sait trop pourquoi, le petit dieu Éros avait investi l’exercice analytique, s’y insérant comme une expérience (amoureuse) dans une expérience (l’analyse). Freud dénomma « transfert » cet événement inouï. L’embarras moderne à l’endroit de l’amour n’était pas pour autant déjoué. Aussi surprendra-t-on ici Lacan, sans cependant résoudre toutes les questions soulevées, tenter de faire « refleurir l’amour ».
En lecteur patient d’une parole désormais vouée à l’écrit, Jean Allouch, avec la prudence et l’attention qu’on lui connaît depuis Marguerite, ou l’Aimée de Lacan et Érotique du deuil au temps de la mort sèche, montre, au plus près des formulations lacaniennes, comment s’invente une nouvelle figure de l’amour.

Alors qu’il entend dire l’essentiel de l’homme en tant qu'animal rationnel, le mot « sujet » sert aussi bien à désigner un cadavre en anatomie. De la liberté à la servitude, son spectre sémantique est si large qu’il frise l’homonymie. Le droit, la politique, la médecine, les lettres, les arts ne sauraient s’en passer. Sa carrière philosophique ? Prestigieuse !
Jacques Lacan en a fait d’emblée un leitmotiv de son enseignement. En lançant par la suite sa formule nouvelle d’un sujet représenté par un signifiant pour un autre signifiant, il ne lui a plus accordé identité ni réflexivité. Cette subversion, dont les étapes constitutives sont ici examinées, l’a placé dans de curieuses compagnies, tantôt avouées (Maine de Biran), tantôt inaperçues (averroïsme latin), parfois de circonstance (Foucault). En recoupant ces références disparates, le présent essai redonne à la trouvaille de Lacan son espace épistémique singulier. Et sa puissance d’appel.

Reçue comme allant de soi, immuable, quasi naturelle, et essentielle au lien social, l’hétérosexualité n’a guère jusque-là été questionnée. Aussi aura-t-il fallu le développement des recherches gay et lesbiennes pour qu’elle apparaisse enfin dans son étrangeté et sa portée normative.
Il y a une histoire de l’hétérosexualité, une identité, un genre hétérosexuel non pas inné mais produit par un certain nombre de lieux et de pratiques dont Hétéros, pour la première fois en France, dresse un inventaire critique.
Les sites et chats de rencontres, les danses enlacées (une singularité proprement occidentale), les manières de divorcer, l’autobiographie, la littérature « psy » sur le couple, les sciences sociales nord-américaines, les discours sur la sexualité post-natale, les changements sociaux et législatifs, l’armée, les prisons, les centres d’observation pour délinquants, le sport voilà où se construit, non sans difficultés désormais, l’hétérosexualité.
Ouvrage publié sous la direction de Catherine Deschamps, Laurent Gaissad et Christelle Taraud.
Introduction d’Alain Corbin.
Conclusion d’Éric Fassin.
Contributions de Christophe Apprill, Bruno Benvindo, Sophie Bollen, Stéphane Chaudier, Catherine Deschamps, Laurent Gaissad, Cathy Herbrand, Caroline Hirt, Joséphine Hoegaerts, Irène Jonas, Machteld De Metsenaere, David Paternotte, Massimo Prearo, Anne Claire Rebreyend, Régis Revenin, Gwénola Ricordeau, Louis Georges Tin et de Daniel Welzer-Lang.