Epel a été fondée en 1990, avec d'emblée divers espaces : A quoi s'est ajouté depuis une dizaine d'années la collection

En Espagne sous FrancoÉcrit en 1955, et alors impubliable, ce livre ne fut édité qu’en 1975, alors qu’un vif vent d’espoir soufflait sur un pays désireux de rattraper le temps perdu en matière de liberté. Néanmoins, le propos, dans ce pays catholique, restait scabreux. Une trentaine d’années plus tard, il n’en est pas pour autant devenu consensuel, et Gil-Albert lui-même souligne son manque d’aménité.
L’homosexuel dépeint est un homme libre ; traversée de rencontres, sa solitude reste radicale. Ses manières, son style de vie n’ont que faire d’une communauté gay – ce n’est pas le moindre des intérêts de cet ouvrage aujourd’hui où l’existence d’une telle communauté paraît aller de soi.
Il ne s’agit pas ici de défendre l’homosexualité, mais de la fonder. Ce à quoi s’attache la figure centrale d’Héraclès, alternative concertée au Corydon de Gide comme à l’Antigone de Kierkegaard.

Italie : les années de plombÉcrit dans le contexte politique sombre des «années de plomb» en Italie, ces Éléments témoignent de ce que fut l’âge d’or du militantisme homosexuel. Voyageant avec aisance et érudition de la pédérastie antique à l’interdit biblique, des bûchers d’antan aux lois anti-homosexuelles contemporaines, Mario Mieli déconstruit ici un à un les préjugés psycho-médico-sociaux les plus répandus sur l’homosexualité.
La vision mielienne d’un possible dépassement des catégories identitaires de genre et d’orientation sexuelle dans l’exercice performatif de la transsexualité anticipe les travaux de Monique Wittig et de Judith Butler, également les aspirations queer du présent, mais avec la fraîcheur et la pertinence propres aux esprits visionnaires.
Mieli ne craint pas de témoigner de son propre vécu, de ses désirs, de ses fantasmes, de son séjour dans une clinique pour malades mentaux, convaincu que, pour être authentique, l’engagement politique se doit de faire exploser les frontières entre privé et public, le moi et l’autre. On rencontrera ici un être multiple aux talents plus qu’éclectiques de philosophe, d’écrivain, de dramaturge, de poète et d’acteur, qui n’a peut-être d’égal qu’un Hocquenghem ou un Pasolini, figures de proue dont les temps présents sont particulièrement avares.

La mort parfaite de Stéphane MallarméPartant d’une déclaration de Mallarmé dans sa correspondance qui annonce sa propre mort, Leo Bersani explore dans cette courte étude le sens de cette disparition et ses conséquences sur le travail du vers. Il développe son enquête en trois temps : «L’homme meurt», «La poésie est enterrée» et enfin «Igitur, le poète écrit» en se fondant sur la lecture de l’œuvre mallarméenne, prose, poésie, textes dits de circonstance ou de commande, recueils, articles de journaux et correspondance. Soucieux de ne pas réitérer un certain type de commentaire qui vise à élucider l’écriture du poète comme si elle était insuffisante ou contournée, Bersani s’emploie à relever ce qui en elle, paradoxalement, décrit et suppose la mort de son auteur, la rendant du même coup possible. 
Journal de mon contrôle avec Lacan (1974-1981)Élisabeth Geblesco fut l’une des dernières analystes à rencontrer régulièrement Lacan. Elle ne faisait nullement mystère de cette analyse de contrôle, mais personne ne savait qu’elle en tenait le journal. Ses proches, comme ses élèves, ignoraient tout de l’existence des cinq cahiers ici publiés.
Rédigés à chaud, après chaque rencontre avec Lacan, ils constituent un témoignage de première main sur l’élaboration lacanienne, les jeux du transfert et l’expérience du contrôle des cures analytiques. C’est aussi une mine d’informations sur la vie et la dissolution houleuse de l’École Freudiene de Paris.
Elle écrit notamment, le 20 décembre 1976 : "J’éprouve à écrire une répulsion telle que je ne sais si je pourrai en venir à bout – Je m’oblige car je pense que seul le fait que toutes les entrevues soient notées donne une valeur à ce que j’ai écrit jusqu’ici, qui un jour s’inscrira dans l’histoire de la psychanalyse ; non en soi-même mais par ce que l’on en pourra lire plus tard, sur Lacan, comme recoupement avec d’autres opinions.
Cette entrevue est complètement ratée par ma faute. Il faut dire à ma décharge que je suis malade, et à bout de fatigue. Il faut dire aussi que chaque fois qu’il insiste pour me voir, c’est raté. Soit que je préfère que la décision vienne de moi, soit que je m’interroge trop sur son transfert à lui – désir de l’analyste – et que cela fausse quelque chose."
Le numéro 3 de la revue critique d'Épel SOMMAIRE :
Guy Casadamont, Allouch pas sans Foucault, pour
Jean Allouch, La psychanalyse est-elle un exercice spirituel ?
Michel Roussan, Note bleue, pour
Jean Clavreul, L'homme qui marche sous la pluie
Manuel Hernández, Un livre méthode, pour
Diana Estrín, Lacan día por día
Laurent Cornaz, Chercher mi-dit à Midrash, pour
Gérard Haddad, Le péché originel de la psychanalyse
Bernard Magné, Sur Perec, les confusions d'un "psychiatre, psychanalyste", pour
Maurice Crocos, Penser la mélancolie, une lecture de Georges Perec
Jean-Christophe Weber, Le piège de la norme sexologique, pour
Nathalie Frogneux et Patrick de Neuter, Sexualités, normes et thérapies
G.-H. Melenotte, Considérations sur l'enfer d'une bibliothèque, pour
Lionel Naccache, Le nouvel inconscient. Freud, Christophe Colomb des neurosciences
De quoi est fait l'inconscientFernand Cambon, germaniste, est jusqu'à présent connu comme traducteur de Freud. Après les Conférences d’introduction à la psychanalyse, L’inquiétante étrangeté et autres essais, et Freud présenté par lui-même, il a récemment traduit la correspondance Freud/Abraham.
Sollicité sur la difficile question de la «représentation» chez Freud, il a tenu un séminaire sur ce thème au Collège International de Philosophie, qui donne aujourd’hui lieu à l’ouvrage De quoi est fait l’inconscient. Ce bref essai, clair et mené comme une enquête policière, s’adresse aussi bien au philosophe (généalogie du concept de représentation), au philologue (problèmes du passage de l’allemand au français), qu’au psychanalyste (controverse Lacan/Laplanche). Les étudiants en psychologie y auront accès à la complexité de la pensée freudienne.